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Critique: A Way Out

Voici notre critique du jeu A Way Out, testé sur PS4 Pro:

Genre: TPS narratif et coopératif
Développeur: Hazelight Studios
Date de sortie: 23 Mars 2018

Disponible sur PS4 et Xbox One

Site Officiel

Un premier essai d’un tout nouveau studio, c’est toujours intriguant. Et fascinant. Ainsi, il s’agit d’observer quel diamant est exposé et quel degré de pureté s’en dégage. Cependant, point de mensonge : nous ne faisons pas affaire avec des rookies. Hazelight Studios regroupe des talents bruts, dont Josef Fares, directeur et scénariste de notre sujet du jour.

Inconnu au bataillon? S’il n’a pas la renommée d’un Hideo Kojima ou d’un certain David Cage, le bonhomme a roulé sa bosse au cinéma (Zozo, 2005) et dans le jeu vidéo avec l’époustouflant Brothers: A Tale of Two Sons.

Et il faut reconnaître la maîtrise des réalisations de notre solide gaillard, où l’entraide constitue le plus souvent le thème principal.

Mais si la précédente production ne s’adressait qu’aux solistes, notre sujet du jour ne se consomme qu’en duo, avec un compagnon d’infortune. Une logique millimétrée et, en dépit de certaines erreurs, grandiloquente. Le genre d’œuvre qui laisse pantois dont personne ne sort réellement indemne pour peu que vous accrochiez au concept proposé. Une véritable bouffée d’air frais qui néanmoins n’engendre pas une grande révolution. En outre, les codes sont globalement respectés et sublimés, et ce pour nous offrir une des meilleures expériences disponibles sur PS4/Xbox One, bien loin des budgets faramineux qui terminent généralement dans le marketing. Place au désir de liberté et à la souffrance que celle-ci peut engendrer.

Comme un trublion en Cage

La prison, la cavale et tout ce qui en découle. S’il fallait résumer en quelques mots A Way Out, ce serait bien avec ces thématiques, véritables hommages aux longs-métrages des années 70. D’ailleurs, c’est dans cette période que se déroulent les événements qui nous sont contés. Premier point et non des moindres : l’aventure se veut intemporelle. A aucun moment nous ne croulons sous le poids du cadre malgré de nombreuses références en général bien inspirées. A l’exception de quelques rares moments.

Lui s’appelle Vincent, l’autre se nomme Leo. 2 hommes que tout oppose, évidemment, comme en témoigne la fiche des personnages lors du choix à effectuer. Et, comme nous le précisions en introduction, il faudra se mettre d’accord avec votre camarade pour savoir qui incarne qui, que ce soit en local ou en ligne, option testée par nos soins. Le NBK s’évade en compagnie de Sidera! Il vous faudra prendre néanmoins ce point en compte au sens où il est impossible de traverser le récit seul, la mécanique étant basée sur l’interaction entre les protagonistes.

Un premier choix fort, certes, qui sert la narration. En effet, A Way Out se déguste avant tout pour son scénario et en suivant cette direction qui se veut particulièrement dirigiste. Si cela présente l’inconvénient paradoxal de restriction de liberté, la formule permet de magnifier la puissance de l’histoire qui fera évoluer la relation entre les 2 condamnés de façon aussi subtile que touchante. Poignante même. Un ennemi commun et une destinée qui ne cessera d’évoluer: voilà le programme.

Détail qui a son importance: si la plupart de la communication fut basée sur la prison, sachez que cette partie n’est qu’un seul des 5 actes de la pièce. Bien sûr, c’est bien de là que tout commence et nous ne pouvons que souligner l’immersion qui nous cajole dès les premières minutes. Et ce malgré l’écran splitté qui vous force à vous concentrer sur vos événements en priant pour que le collègue fasse sa part du travail. Car vous vous doutez bien que sans lui, vous n’arriverez à rien. Distraire un garde pendant que l’autre pénètre dans un bâtiment interdit, lui ouvrir la voie ou le couvrir pendant la fuite, telle est votre destinée! Vous en dire plus serait gâcher le plaisir tant les phases d’action et le rythme sont maîtrisés, avec un énorme bémol sur la 4ème partie, ersatz de Uncharted. Le fun en moins. Pour le reste, l’intensité est de mise et parfaitement mixée avec des temps plus sereins, ceux où chacun se laisse aller à la confidence.

Enfer… mais nous?

Forcément, une belle histoire nécessite une réalisation en béton. Et sur ce point, l’identité du jeu est parfaitement assumée. Si nous pouvons regretter le manque d’embranchements (Detroit: Become Human étant passé par là depuis), tout est solidement installé malgré quelques ellipses et certains cuts uniquement motivés par le script. Rien qui ne nous fera réellement sortir de la diégèse en dépit de quelques problèmes techniques entre tearing, animations moyennes et modélisation des personnages secondaires parfois à la rue. Dont certains bien plus que d’autres…

Toutefois, ce serait jeter le bébé avec l’eau du bain en faisant preuve de bien peu de clémence, tant la direction artistique est à tomber! Entre un choix de couleurs pertinent, faisant un bien beau distinguo entre liberté et enfermement en plus d’un amour inconditionnel de la caméra, il va sans dire que A Way Out possède suffisamment d’arguments pour tenir la dragée haute aux meilleurs du genre. Comme David Cage pour ne pas le citer! Une ambiance qui sent bon le clair de lune du film Les Évadés tout en se permettant quelques détours, à l’instar d’un hommage adéquat à Old Boy. Nous serons plus mesurés concernant l’appui trop insistant envers Scarface. Question de goût, sûrement.

Chaque plan est pensé à la perfection et se montre pertinent. Mieux encore: la division de l’écran ne se contente pas d’être symétrique. Par moment, l’image est pleine ou aux ¾ et insiste sur une action particulière. De fait, il s’agit de mettre en avant l’importance d’un des compères à un instant donné, sachant qu’ils ne sont pas forcément toujours au même endroit, sans être trop éloignés. Le screen rend le tout parfaitement lisible et si nous pouvions avoir peur de cette idée, elle se révèle fondamentale pour la bonne appréciation du jeu.

Pour réaffirmer son appartenance, A Way Out fait dans le classique à base de QTE pour agir. Le skill ne sera pas vraiment nécessaire et rien n’est pensé pour être punitif. Mais cette facilité de prise en main n’enlève en rien la tension liée à certains moments même si aucun échec n’entraîne de lourdes conséquences. Car si vous ne parvenez pas à faire ce qui est prévu, le game over mettra un terme à tout cela. Cependant, les checkpoints sont nombreux et vous ne recommencez jamais bien loin du point de chute.

Appréciable d’autant plus que cela évite le récit d’être sur courant alternatif.

Leo et speech

Sous couvert d’élémentaire, A Way Out table sur la variété des situations en maintenant son cap entre simulation de vie, aventure, fuite et méthodes plus musclées. Forcément, tout est tracé et il n’y aura aucun moyen de dévier. D’ailleurs, comme nous vous le disions précédemment, le choix est rarement une option. Et même quand c’est le cas, cela n’influe pas réellement sur les événements. Entre la méthode plus pacifiste de Vincent et la brutalité de Leo, certaines séquences seront totalement différentes. Encore faudra-t-il vous accorder… et coopérer correctement!

Cette option ne se produit pas bien souvent mais elle pousse à refaire quelques chapitres pour observer les nuances. Ce n’est pas indispensable mais cela jette quelques piécettes à la replay-value, quasiment inexistante. Car oui, une fois le dernier mot écrit, il n’y a pas vraiment d’intérêt à recommencer le jeu. A moins de vouloir revivre ou faire découvrir quelques parcelles, aucun besoin de suivre à nouveau les pérégrinations du duo.

D’autant plus que si les phases de shoot éphémères sont sympathiques, lorsque celles-ci se prolongent, elles montrent toutes leurs limites et un certain manque de technicité. Entre feeling des armes aux pommes et dosage foireux, ce morceau est un ratage total, heureusement assez court. Une tentative de TPS/action qui ne fonctionne tout simplement pas. Sans être d’une médiocrité totale, l’essai est à 1000 lieues de l’excellence constante servie dans la plupart des cas. Et le constat est le même concernant les phases en véhicule.

Cela gâche un peu le plaisir, là où les puzzles sont convaincants et adaptés, sans chercher à atteindre une complexité laborieuse. La solution est généralement rapidement trouvée, ne serait-ce qu’en observant son environnement et en jouant parfaitement son rôle. De plus, beaucoup de situations paraissent parfois inédites dans leur conception respective, allant jusqu’à nous faire dire que nous n’avons jamais été confrontés à de tels défis dans le jeu vidéo. Rien que pour cela, A Way Out gonfle les muscles pour se positionner en tant que fer de lance du genre narratif.

Un exploit loin d’être anodin, surtout au regard du nombre restreint de développeurs!

Prison la glace

Ce sont les petits détails parfaitement inutiles qui se révèlent finalement si indispensables! Que ce soit dans l’environnement, comme ce chat qui crache à l’approche de Leo et qui se montre bien plus doux au contact de Vincent, ou dans les réactions des PNJ qui donnent une épaisseur à l’ensemble. Sans parler de lore approfondi, le monde représenté semble crédible sans trop insister. Mine de rien, aller à l’essentiel sans être superficiel est toujours un tour de force, surtout que l’œuvre n’atteint pas la barre des 10 heures. Largement suffisant pour le genre cependant, tant il serait inutile d’étaler le récit en longueur.

Les mini-jeux se montrent tout à fait efficients, surtout qu’ils sont globalement très agréables. Mettant souvent en compétition les 2 rescapés, ces activités totalement futiles parviennent à les humaniser et poussent à la légèreté, salvatrice au milieu de toute la noirceur représentée. L’occasion de sortir la tête hors de l’eau, un véritable bienfait pour les gamers. Entre puissance 4, lancer de fer à cheval ou fléchettes, vous aurez de quoi souffler en vous amusant et en chambrant votre partenaire, au-delà de ce que font déjà les personnages à l’écran! Et que dire de cette séquence musicale…

Une transition habile qui permet d’évoquer cette OST sublime, tantôt discrète, tantôt oppressante, toujours juste. Un travail d’orfèvre en symbiose avec ce qu’il se passe à l’écran, faisant savourer chaque instant. Si les plus intransigeants pourront déplorer le nombre infime de pistes, aucune fausse note n’est à signaler. Vibrer à de nombreux instants devient une bien belle habitude et le travail effectué sur le sound-design est ahurissant. Tous les environnements sont vivants, allant jusqu’à devenir des protagonistes à part entière. Mention spéciale à la prison, une nouvelle fois, particulièrement plausible.

Et que serait A Way Out sans doublages de cet acabit? Aucun doute : la direction des acteurs est parfaite, avec une note maximale octroyée aux personnages centraux, entre voix rauque ou nasillarde. L’écriture fait le job en frôlant le cliché sans chuter à l’intérieur de son précipice. Les punchlines fusent, au même titre que les engueulades récurrentes afin de renforcer l’immersion d’une relation grandissante. Il en va de même pour chaque interprète de cet immense théâtre humaniste où chaque instant est unique, nous faisant presque regretter de ne pas l’avoir apprécié plus longuement.

C’est aussi cela, l’essence du jeu vidéo.

A Way Out n’est pas seulement une expérience coopérative: c’est une œuvre qui tire de ses tares une véritable grandeur d’âme. Ode à la dualité, le jeu surprend là où on ne l’attend pas tout en respectant scrupuleusement le cahier des charges inhérent au genre qu’il représente.

Toutefois, le studio ose imposer ses choix pour vous narrer une incroyable fresque qui tire le meilleur de son écriture par le biais d’une mise en scène chiadée.

Réussite sur quasiment tous les fronts, le jeu souffre parfois d’une technique limitée et de quelques ambitions manquées. Cependant, rien de majeur et aucun acte grave n’est à déplorer.

De là à le placer comme un must-have de sa génération? Assurément, surtout pour ceux qui voudraient partager une chronique de 2 âmes dont la dépendance ne fait que croître. Dans la peau de ses protagonistes, comment ne pas être bouleversé(s) par tant d’événements tous plus déchirants les uns que les autres?

Une manière pour les créateurs de laisser libre cours à leur vision de la cavale, celle qui forge le caractère d’une amitié aussi profonde qu’intense. A l’image de ce que nous pouvons ressentir envers un véritable compagnon.

A Way Out nous offre ce qu’il y a de plus précieux : un merveilleux souvenir à partager, avec autant d’envolées lyriques que de silences évocateurs.

Merci d’avoir pris le temps de lire notre critique de A Way Out. N’hésitez pas à nous donner vos avis sur ce jeu dans la section commentaire, ci-dessous!

No Bloody Knows
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