Critiques jeux de société

Critique: Wyrmspan

Voici notre critique du jeu de société Wyrmspan par Stonemaier Games.

Genre: Jeu de gestion de main de carte, Jeu à combos, Bonus de fin de partie
Studio: Stonemaier Games

Designer: Connie Vogelmann
Âge recommandé: 14 ans et +

Nombre de joueurs: 1 à 5 joueurs
Durée: Environ 90 minutes

Si vous faites partie du hobby depuis un certain temps, vous savez que Wingspan a marqué positivement l’esprit des joueurs. En 2024, un autre jeu de la même lignée a été annoncé, avec une sortie imminente. Wyrmspan reprend les mêmes bases, tout en ajustant certaines mécaniques et, surtout, en changeant complètement la thématique. Dans Wyrmspan, on incarne des dragonologues amateurs appelés à explorer l’univers du jeu, un monde où cohabitent une multitude de dragons aussi fascinants qu’improbables. L’objectif de cette aventure est d’attirer ces créatures mythiques et légendaires qui, une fois apprivoisées, contribueront au développement de notre domaine. Elles permettront notamment de produire différentes ressources, de pondre des œufs, d’interagir avec les autres dragons présents, et même de progresser au sein de la guilde draconique. Une fois notre domaine exploité à son plein potentiel, l’objectif ultime est de devenir le plus grand dragonologue de l’univers de Wyrmspan. Est-il à la hauteur de son grand frère Wingspan? C’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans cette critique.

Un jeu intimidant, mais intuitif

Lorsque Wyrmspan est déployé sur une table, le jeu impressionne immédiatement par sa présence imposante. Entre les plateaux personnels de grande taille, le marché de grottes et de dragons, les différentes réserves de cartes, le plateau de quêtes, celui de la guilde draconique, sans oublier les ressources, l’argent et les œufs, l’espace de jeu se remplit rapidement. Sans grande surprise, cette abondance de matériel s’accompagne d’une mise en place relativement longue. Il faut prévoir plusieurs minutes pour trier les composants, distribuer les éléments nécessaires aux joueurs et organiser le tout de manière accessible. Wyrmspan n’est donc pas un jeu qui s’installe en quelques secondes. L’absence d’un insert réellement optimisé dans la boite se fait d’ailleurs sentir. Un rangement mieux pensé aurait sans doute permis de réduire considérablement le temps de préparation en facilitant l’accès au matériel. Bien que certaines solutions de rangement soient présentes, notamment pour les cartes et les ressources, celles-ci demeurent, à mon avis, insuffisantes.

Toutefois, les différentes composantes sont magnifiques et le livret de règles est clair, bien structuré et appuyé par des exemples pertinents et des illustrations efficaces, ce qui facilite grandement l’apprentissage. De plus, les règles intègrent un code QR menant à l’application Dized, qui offre un tutoriel interactif guidant les joueurs pas à pas lors de leur première partie. Cette approche rend l’apprentissage beaucoup plus dynamique et engageant, tout en évitant le côté parfois rigide d’une lecture de règles traditionnelle.

Il a une magnifique présence sur la table!
La vue de tous ces œufs sur le plateau, ça ne vous rappelle pas Wingspan?

Un jeu simple qui renferme une profondeur stratégique

Une partie de Wyrmspan se déroule en quatre manches. Celles-ci n’ont pas de durée prédéterminée: elles prennent fin lorsque tous les joueurs sont incapables de jouer ou choisissent volontairement de passer leur tour. Chaque manche est composée d’une succession de tours durant lesquels trois actions principales sont possibles:

Excaver (obtenir plus d’emplacements pour jouer des cartes): Le plateau personnel présente trois cavernes distinctes, dont seul le premier emplacement est initialement accessible. Afin d’accueillir davantage de dragons dans son domaine, il est essentiel d’excaver progressivement les cavernes. Pour ce faire, il suffit de choisir une carte « Caverne » et de la placer sur l’emplacement disponible le plus à gauche d’une des cavernes. Toutefois, plus on progresse en profondeur, plus le coût en ressources augmente. Une fois la carte placée, toute action immédiate associée doit être résolue.

Attirer (jouer des cartes): Cette action permet de recruter des dragons et de les intégrer à son domaine, à condition de disposer d’un emplacement excavé. Le joueur doit sélectionner un dragon de sa main, payer son coût d’activation (indiqué sur son plateau), ainsi que les ressources requises inscrites sur la carte. Il est important de noter que chaque dragon possède des préférences d’habitat: certains peuvent être placés dans n’importe quelle caverne, tandis que d’autres sont limités à un ou deux types spécifiques. Une fois la carte placée, toute capacité immédiate du dragon est activée.

Explorer (activer des cartes): Si excaver et attirer des dragons sont essentiels, il est tout aussi important d’exploiter efficacement son domaine. C’est ici qu’entre en jeu l’action « Explorer ». Cette action nécessite un coût, également indiqué sur le plateau personnel, et celui-ci augmente si l’on explore plusieurs fois la même caverne durant une même manche. Le joueur place alors son pion explorateur au début d’une caverne excavée, puis le fait progresser vers la droite. À chaque emplacement occupé par un dragon, une action peut être déclenchée si un symbole d’exploration est présent. L’explorateur poursuit ainsi son parcours jusqu’à atteindre un espace vide, moment où son déplacement prend fin et où il retourne à son point de départ.

Les tours s’enchaînent ainsi, chaque joueur effectuant une action à tour de rôle, jusqu’à ce que tous se retrouvent dans une situation où aucune action ne peut être réalisée. La manche prend alors fin, certains éléments sont réinitialisés, et une nouvelle manche débute.

Chaque action est bien représentée sur les plateaux personnels.
L’exploration se termine dès que l’explorateur fait face à une caverne  »vide ».

Un gameplay riche en subtilités

Malgré une jouabilité relativement simple, Wyrmspan se démarque par une profondeur stratégique bien réelle. De nombreuses subtilités viennent enrichir l’expérience, appuyant certaines stratégies ou, à l’inverse, forçant les joueurs à s’adapter en cours de partie. On peut notamment penser aux dragons qui doivent être placés dans un endroit précis dans l’une des trois cavernes. Cette contrainte pousse régulièrement à ajuster sa stratégie afin d’optimiser le placement des cartes et maximiser leur efficacité. Car il existe une certaine synergie possible entre certains dragons, il sera donc préférable de tenter d’optimiser cette synergie en plaçant les bons dragons aux bons endroits.

Chaque manche propose également un marché composé de trois cartes « Dragon » et de trois cartes « Caverne ». Lorsqu’une action permet d’en acquérir une, le joueur peut prendre une carte dans le marché ou en piocher une du paquet à l’aveugle. Fait important: les cartes prises ne sont pas remplacées immédiatement. Le marché n’est réapprovisionné qu’à la fin de la manche, ce qui ajoute une dimension tactique intéressante. Si une carte particulièrement avantageuse est disponible, il peut être judicieux d’agir rapidement pour s’en emparer avant les autres joueurs.

La guilde draconique est un bel ajout pour tenter de nouvelles stratégies
Tout comme les objectifs de manches, qui peuvent rapporter gros.

Les ressources, quant à elles, se divisent en quatre types: l’or, les cristaux, la viande et le lait. Elles servent à la fois à payer les coûts d’activation de certaines cartes et à générer des points de victoire en fin de partie. Comme chaque dragon requiert une combinaison précise de ressources, il devient important de maintenir un équilibre dans sa réserve afin de pouvoir saisir les meilleures opportunités au bon moment. La guilde draconique constitue un autre élément stratégique à ne pas négliger. Certaines actions permettent d’y progresser, faisant avancer notre pion sur une piste offrant divers avantages: ressources, argent, cartes, et autres atouts intéressants. À certains paliers, il est même possible d’obtenir des effets plus puissants ou d’accumuler des points de victoire en fonction de sa progression. Bien exploitée, cette piste peut faire une réelle différence en fin de partie, tout comme le plateau des objectifs de manches grâce auquel des points sont attribués à chaque joueur selon leurs performances.

Les ressources servent non seulement à attirer des dragons, elles servent aussi à marquer des points.
L’argent permet de payer le coût de certaines actions et cartes « Dragon ».

Wyrmspan ou Wingspan?

Ce qui est bien avec Wyrmspan est qu’il ne se contente pas de reprendre une formule gagnante: il la retravaille intelligemment. Cela dit, les joueurs familiers avec Wingspan ne seront pas complètement dépaysés. Une bonne partie des mécaniques demeure similaire, bien que bonifiée par quelques subtilités supplémentaires. Voici un aperçu des principales différences entre les deux titres:

Excavation des habitats: Dans Wyrmspan, il est nécessaire d’excaver les cavernes avant de pouvoir y accueillir un dragon. À l’inverse, dans Wingspan, les oiseaux peuvent être placés directement dans les habitats qui sont déjà tous disponibles. Cette mécanique ajoute une couche de planification supplémentaire et renforce l’aspect stratégique.

Progression et objectifs: Wingspan propose des objectifs privés, tandis que Wyrmspan introduit une piste de guilde draconique, commune à tous les joueurs. Celle-ci permet de suivre la progression de chacun et d’obtenir divers bonus en cours de partie.

Gestion des actions: Dans Wingspan, les actions sont limitées par des cubes d’action. Wyrmspan adopte une approche différente: les actions doivent être payées à l’aide de ressources, comme l’argent ou les œufs, ce qui modifie la gestion de l’utilisation de ses actions.

Obtention des ressources: Wingspan utilise un système basé sur des dés pour générer les ressources, ajoutant une part de hasard. Wyrmspan élimine cet aspect aléatoire: les ressources sont obtenues via l’exploration, les capacités des dragons ou la progression dans la guilde. Ici, on doit user de stratégie pour avoir accès aux ressources désirées, et non pas seulement se fier à un jet de dés.

Selon moi, Wyrmspan se montre légèrement plus exigeant et stratégique que son prédécesseur. Le retrait du hasard lié aux dés, au profit d’une gestion plus contrôlée des ressources, apporte une profondeur supplémentaire très appréciable. L’ajout de l’excavation renforce également cette complexité, en obligeant les joueurs à gérer deux types de cartes, les cavernes et les dragons, et à planifier leurs actions avec davantage de précision. Chaque décision prend ainsi plus de poids, et l’optimisation devient essentielle. Enfin, les nombreuses façons de marquer des points de victoire contribuent à cette richesse stratégique. Chaque joueur peut adopter une approche différente, viser des objectifs distincts et développer sa propre manière de jouer. Toutes les stratégies peuvent s’avérer payantes, à condition d’être bien exécutées.

Une direction artistique toujours aussi soignée

À l’image de son prédécesseur, Wyrmspan propose une direction artistique de grande qualité. Bien que le jeu impressionne moins au premier regard, notamment en raison de plateaux personnels aux teintes plus sobres et moins éclatantes que ceux de Wingspan, il parvient néanmoins à se démarquer grâce à la richesse de ses illustrations. Ce sont surtout les cartes « Dragon » qui attirent l’attention. Avec pas moins de 183 cartes, chacune propose une illustration unique, mettant en valeur le dragon représenté. Au-delà de leur aspect visuel, ces cartes regroupent également une grande quantité d’informations: coût d’activation, taille du dragon, capacité d’accueil des œufs, habitat, humeur et capacité. Malgré cette densité d’informations, l’ensemble demeure très lisible grâce à une iconographie claire et efficace, qui s’assimile rapidement après quelques tours de jeu. Un bel exemple de design bien pensé. De plus, le jeu propose un livre qui agit comme une encyclopédie qui présente tous les dragons présents dans le jeu et où l’on peut en apprendre plus sur chacun d’eux. Wingspan avait fait la même chose avec ses différents spécimens d’oiseaux.

Du côté des cartes « Caverne », le constat est un peu plus mitigé. Sans nécessairement exiger une grande variété, un éventail visuel légèrement plus diversifié aurait permis d’ajouter davantage de personnalité aux plateaux, surtout en début de partie, avant que les dragons ne viennent les habiter. Oui, on retrouve différents visuels pour les cavernes, mais les couleurs se ressemblent toutes et, mis à part quelques petits éléments qui changent, le reste demeure assez similaire. Cela étant dit, le jeu fait tout de même partie de l’élite. Même s’il est imposant, ce qui peut poser problème sur des surfaces plus restreintes, le jeu offre une belle présence sur la table. Les illustrations des dragons, combinées aux nombreux œufs colorés répartis sur les plateaux, créent un ensemble envoûtant.

Les cartes dragons sont vraiment magnifiques et efficaces.
Pour une énorme quantité de cartes caverne, voici la totalité des images différentes.
Les couleurs sont sobres, mais le jeu est magnifique.

Mon avis

Lorsque j’ai joué à Wingspan pour la première fois, j’ai été agréablement surpris par tout ce que le jeu avait à offrir, même si sa thématique ne m’attirait pas particulièrement. Quelques années plus tard, l’annonce de Wyrmspan a immédiatement piqué ma curiosité. Le jeu promettait de reprendre les bases de Wingspan, tout en ajustant certaines mécaniques afin de proposer une expérience renouvelée et en gardant ce qui avait fait le succès de son prédécesseur. À cela s’ajoutait une thématique qui, personnellement, m’interpelle énormément: celle des dragons. Wyrmspan introduit effectivement une nouvelle manière de jouer, notamment grâce à la mécanique d’excavation des cavernes et l’obtention des ressources est désormais basée sur des choix stratégiques plutôt que sur un système aléatoire de dés, ce qui ajoute une dimension plus contrôlée et réfléchie à la planification des actions. La variété des moyens de marquer des points de victoire permet également d’adapter sa stratégie en cours de partie, sans se retrouver rapidement bloqué en cas de retard. Le jeu propose aussi un mode solo qui comprend deux volets, soit le mode Automa « Standard » et le mode « Ravel ». Sur le plan de la jouabilité, Wyrmspan demeure accessible, bien qu’un peu plus exigeant que Wingspan. La gestion simultanée des cavernes et des dragons, combinée à la richesse des combinaisons possibles, ajoute une couche de complexité intéressante. Il est nécessaire d’observer attentivement sa main, son plateau, mais aussi les actions de nos différents dragons. En effet, si la plupart des actions nous concernent directement, certaines peuvent aussi impacter positivement nos adversaires. Il faut donc porter une attention constante à nos actions et parfois même changer de stratégie en cours de partie. Je donne donc à Wyrmspan, la note de 8 sur 10.

Points positifs:

  • Un jeu rapide à apprendre et à prendre en main
  • Une thématique originale, parfaitement intégrée aux mécaniques
  • Une grande variété de combinaisons possibles
  • La mécanique d’excavation des cavernes, qui enrichit la planification
  • Une gestion des ressources plus stratégique et moins aléatoire
  • La piste de la guilde draconique, qui ajoute une couche supplémentaire intéressante
  • Un mode solo avec deux façons de jouer

Points négatifs:

  • Certains éléments visuels manquent de couleurs vives et de contraste
  • Peu d’interaction directe entre les joueurs
  • Un manque de solutions de rangement dans la boite

Merci d’avoir pris le temps de lire notre critique du jeu Wyrmspan. N’hésitez pas à nous donner vos avis sur ce jeu dans la section commentaires ci-dessous !

Un énorme merci à Îlo Games de nous avoir permis de tester le jeu afin de pouvoir vous en proposer une critique.

Christopher Drouin
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Christopher Drouin

Dans la trentaine, originaire de la Beauce.. Il a le bonheur d'être marié et papa de 2 beaux enfants. Il est dessinateur industriel depuis maintenant près de 14 ans et parallèlement, il est aussi pompier volontaire et premier répondant. Gameur depuis son tout jeune âge. Il a découvert le gaming grâce à la Super Nintendo. Depuis cette console, il a possédé toutes les autres consoles suivant cette génération. Actuellement sur la nouvelle génération, il est le genre de joueur qui aime toucher à tout de près ou de loin. Au plaisir de discuter gaming avec vous, ou même de se retrouver en ligne lors d'une partie. Game On !

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