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Critique: Gris

Voici notre critique du jeu Gris, testé sur Nintendo Switch:

Genre: Plateformer / Indie
Développeur: Nomada Studio
Date de sortie: 13 décembre 2018

Disponible sur PS4, Nintendo Switch, Android et PC

Site Officiel

La pureté de l’indie n’est plus à démontrer. Au milieu des mastodontes, des irréductibles ont fait le choix de miser sur ce qu’ils savent faire de mieux. Une nouvelle norme naquit: celle de l’émotion véhiculée par le minimalisme. Et nul doute que Gris fait partie de cette famille!

Ainsi, l’enjeu est de taille. Comment sortir des sentiers battus en proposant un menu dont la recette est désormais connue de tous? Tant de titres ont essayé. Certains devinrent mythiques, d’autres se sont perdus en proposant une vision générique, dont le message se confond avec une forme de lassitude.

Pour Nomada Studio, le défi est donc de taille. Autre curiosité, et non des moindres: Devolver Digital s’illustre à l’édition, bien loin des carnages de Hotline Miami ou encore de My Friend Pedro. Une autre corde à son arc, propulsant la firme en fer de lance de la créativité des productions parallèles.

Mais nous nous égarons! Il est temps de scruter une invitation au voyage, celle qui marie douleur et majestuosité. Mesdames et Messieurs: il est grand temps de déposer les armes et de se concentrer sur l’essentiel. Regardons comment les développeurs enjolivent une réalité glacée, difficile et finalement propre à chacun d’entre nous. L’heure est à l’extinction des lumières et à la plongée dans l’introspection. Au tour de Gris d’entrer en scène pour nous emmener dans des contrées lointaines, en pleine désolation.

Tailler le bout d’Gris

C’est un premier paradoxe qui s’anime: le thème est aussi sombre que la multiplication des couleurs. Un constat évident et magnifique, tant les éléments se superposent pour donner un sens à l’œuvre. Gris, c’est tout simplement une histoire découpée en plusieurs actes qui représentent les étapes du deuil. Les sentiments, la douleur et tout ce qui en découle seront autant de concepts auxquels vous vous frottez lors de la découverte.

Cependant, nul besoin d’effets extravagants ou autres artifices: le jeu, à l’instar de beaucoup de ses confrères, mise sur une narration minimaliste qui demande de l’observation. Le récit par l’image car il n’y a point de dialogue. Le suggestif est de mise et chaque mouvement fera appel à votre réflexion sans avoir recours à d’interminables cinématiques.

Ici, tout est expliqué sans superflu et rien n’est jamais trop explicite. A vous de vous concentrer sur chaque élément du décor et ce qui peut sembler anodin de prime abord prend toute sa dimension lors de l’avancée et de la compréhension des événements.

Bien sûr, rien ne s’émancipe des codes de l’indie et si nous pouvons reprocher un certain manque d’originalité du processus, comment ne pas saluer l’entière maîtrise? Aucune fausse note n’est à déplorer et il va sans dire que le rythme est parfaitement dosé, usant sans abuser de la contemplation où le décor parle au joueur.

C’est aussi en cela que se dévoile le génie de Gris, où la pondération s’associe au puissant tout en faisant appel à vos sens. Sans chercher l’empathie exponentielle, le titre frappe juste à chaque instant en matérialisant visuellement ce qui fait mal. Toutefois, attention! L’intention n’est nullement de vous mettre à terre. L’envie est de vous émouvoir et il est indéniable que cela fait mouche à chaque fois. Aucune scène ne côtoie l’échec.

Il en va de même pour cette dichotomie entre vide et le peu de vie du monde traversé. Un équilibrage parfaitement retranscrit! Difficile de vous en dire plus, tant l’expérience se ressent à défaut de se raconter, même après avoir atteint le générique final.

Gris mon nom!

Gris ne recherche en aucun cas le challenge. Aucun game over à l’horizon et la simplicité sied à l’ensemble. Plateformer de son état, le jeu est très permissif dans ses sauts et le gameplay est très réduit. En plus de vous déplacer, vous aurez très rapidement accès à des pouvoirs qui vous permettent de résoudre des énigmes et qui deviennent de plus en plus complexes en raison de la diversité des mouvements, toujours amplifiée.

Au demeurant, ne vous attendez pas à vous casser la tête! Si parfois il est possible de se retrouver bloqué quelques minutes, rien de bien savant pour trouver la solution. L’exécution est encore plus évidente. Un mauvais choix ? Clairement non au sens où l’œuvre est avant tout narrative. Pester à cause d’une interruption prolongée ne serait qu’un coup de poignard au trip et le studio l’a bien intégré.

D’autant plus que les indices visuels à foison pleuvent et nous ne pouvons que saluer leur efficacité! Observer, interpréter les vibrations de la manette, comprendre et faire mouvoir l’héroïne afin de passer à la suite. Un schéma classique qui esquive la futile complexité.

D’ailleurs, si la palette des actions ne s’étoffe pas beaucoup, elle se révèle largement suffisante. Se transformer en bloc pour défier le vent ou détruire des plateformes fragiles, faire un saut prolongé ou nager constituent quelques-unes de vos possibilités. L’idée est de trouver des constellations, des “clés” destinées à faire sauter les verrous entravant votre progression.

Bien sûr, nous n’en dirons pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise même si les passages aquatiques nous ont étrangement fait penser à Ecco The Dolphin, tant en termes d’ambiance que d’animations. En parlant de celles-ci, la justesse n’est pas à démontrer, notamment pour les petites créatures disséminées çà et là qui apportent une belle contribution à l’atmosphère juste époustouflante.

En plus d’assurer une variété des situations, en dépit de quelques redites, Gris agit en perpétuel illusionniste, toujours prompt à nous faire croire des tas de choses sans se tourner vers le fallacieux. Un exemple? Cette sensation de grandeur et de perdition, dont l’importance est capitale pour le sujet évoqué, alors que tout est très dirigiste. Tout juste trouverez-vous quelques secrets, sans réel impact pour le bon déroulement.

Gris, vêle, ris

Comment évoquer Gris sans être ébahi devant sa Direction Artistique? Un véritable tableau en aquarelle s’offre à vous, avec un jeu des contrastes juste hallucinant, oscillant entre vide et remplissage. Tout est nuancé et en adéquation avec votre avancée. La peinture de la douleur suite à la perte d’un être cher s’étale devant vous, délicatement. Une mise en abîme pertinente et perturbante qui bénéficie également d’un jeu de lumière exquis.

Chaque monde est singulier tout en restant cohérent avec celui qui le précède. Une hétérogénéité qui sublime l’homogène en somme… étrange, non? Nous avons là un travail sur les couleurs absolument titanesque où chaque teinte impressionne tout comme ce rendu crayonné extraordinaire.

Une claque visuelle faisant parfois écho au dessin animé Princes et Princesses de Michel Ocelot, dont nous ne saurions que vous conseiller l’approche, et qui laisse transpirer son identité pour mieux étayer le propos.

Ce qui frappe également est le choix des dimensions où le gigantesque se noie avec le petit dans un tourbillon de plans souvent fixes où le dynamisme est assuré par l’action tantôt flâneuse, tantôt effrénée, selon la situation.

D’ailleurs, c’est bien cette sensation de lenteur qui se dégage généralement, ce qui ne manquera pas faire réagir négativement les moins sensibles au genre ou les plus pressés. Tout est contrebalancé par un level-design sommaire, sans être médiocre cependant. Les sensations de recherche, de néant ou d’élévation seront toujours intelligemment représentées et finalement, c’est tout ce que nous demandons.

L’objectif est atteint avec brio en se concentrant sur l’essentiel sans se perdre dans les ajouts du plat trop gras et trop consistant. Ici, tout se déguste avec finesse pour mieux apprécier les mets qui nous sont servis.

Mystique Gris

Que serait un superbe enchantement de la rétine sans une mélodie du même calibre? Avant d’en aborder le fond, il convient d’en évoquer la forme: Gris alterne entre silence, compositions et bruitages. Une alchimie du sound-design incroyable, sans aucune sortie de route. Chaque instant dévoile sa magie et cela est inhérent à cette mixture du meilleur goût! De plus, cela sert tellement le récit…

Impossible de vous en dire plus néanmoins afin de ne pas se confronter à la brutalité des spoilers. Toujours est-il que l’alliance démontre que le travail effectué sur le jeu est le résultat d’une forge de chaque département, aboutissant à un objet qui puise toutes ses forces dans chaque domaine qui le compose.

Quant aux musiques, celles-ci se distillent au compte-gouttes, oscillant entre discrétion et envolées qui vous prendront aux tripes plus d’une fois. Le volume est parfait et nul doute que le groupe venu d’Espagne, Berlinist, a parfaitement rempli sa mission, sublimant chaque passage de son talent.

Un véritable régal auditif qui tient la dragée haute aux meilleures partitions du média, rien que ça!

Forcément, tout cela a un prix. L’aventure n’excède pas les 4 heures et la replay-value est tout bonnement inexistante. Si l’intensité ne faiblit pas, la découverte et la surprise sont les conditions sine qua non de l’envoûtement. Par la suite, vous vous rappellerez des nombreuses séquences vécues, à l’instar de ce final poignant, sans ressentir le besoin de retourner dans cet éclatant et ravissant univers chimérique.

Si cela n’est pas absurde, il est important de le signaler à celles et ceux qui voudraient franchir le pas du mirage. A l’image des moments merveilleux: ils ne sont certes pas éternels mais ils resteront gravés à tout jamais.

Gris, tu auras réussi à évincer le monochrome de nos vies…

Intense, sublime, émouvant… aucun  adjectif ne parviendrait à définir Gris qui se positionne en fier représentant de l’indie! Sans défaut majeur, le bébé des développeurs de Nomada Studio n’est en aucun cas une révolution du milieu.

Cependant, tout ce que le jeu entreprend est réalisé avec soin, muni d’un perfectionnisme déroutant tant l’œuvre ne faiblit pas. Chaque instant volé répond à son prédécesseur avant de nous emmener plus loin, en émerveillant le joueur à chaque instant.

Se positionnant en tant que production similaire à celles de son acabit, Gris ne peut prétendre à une rejouabilité, tout simplement absente. Toutefois, marquer celui qui flirte avec le rêve est délicieux et une certitude nous envahit: le fer rouge gravera son empreinte.

Sans fioriture ni tentative grossière, le titre ne se trompe jamais et évoque des événements difficiles sans tomber dans les abysses du sentiment exacerbé.

La preuve que la mesure est parfois bien plus authentique que la grandiloquence, n’en déplaise à ceux qui ne jurent que par les effets à outrance.

Une découverte d’un autre point de vue d’une situation malheureusement familière et une représentation qui redéfinit l’art en tant que composant indispensable à notre existence. Un testament de ce qu’il nous reste, tout simplement…

Merci d’avoir pris le temps de lire notre critique du jeu Gris. N’hésitez pas à nous donner vos avis sur ce jeu dans la section commentaire, ci-dessous!

No Bloody Knows
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