Critiques jeux de société

Critique: Daitoshi

Voici notre critique du jeu de société Daitoshi par DEVIR.

Genre: Placement d’ouvriers et gestion de ressources
Studio: DEVIR

Designer: Dani Garcia
Âge recommandé: 14 ans et plus

Nombre de joueurs: 1 à 4 joueurs
Durée: 120 minutes et plus

L’univers des jeux de société propose une quantité impressionnante de jeux de différents genres et de différents niveaux de difficulté. La majorité des jeux sur le marché proposent une difficulté qui oscille entre le très facile et le niveau moyen, tandis que d’autres proposent une difficulté assez élevée, qui peut même faire fuir certains joueurs. Toutefois, ce type de jeu plaît beaucoup aux joueurs avancés et experts. Même si ces jeux demandent un énorme investissement en temps et en énergie, ne serait-ce que pour apprendre les règles et jouer une partie, cet investissement en vaut bien souvent la peine. Il faut souvent surmonter cette difficulté d’apprentissage et se plonger sans retenue dans le jeu pour y découvrir une expérience qui nous fait vibrer et qui, en fin de compte, ne se veut pas aussi difficile qu’il le paraît. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de l’un de ces jeux: Daitoshi.

Daitoshi, c’est quoi?

Daitoshi (ou « grande ville » en japonais) porte bien son nom, car on y incarne des promoteurs industriels dans une ère de révolution et dans un univers steampunk. Notre but est fort simple: implanter une usine et la développer à son plein potentiel, et ce, grâce à l’énergie thermique fournie et produite par la vapeur. Grâce à celle-ci, il sera possible de développer de plus en plus son usine, de créer des inventions, de faire du commerce et d’étendre de plus en plus la Daitoshi, ou, si vous aimez mieux, la grande ville.

C’est chargé, mais c’est tellement beau!

Une aussi grosse activité industrielle nécessite bien entendu des ouvriers, mais également beaucoup de ressources naturelles, comme l’eau ou le bois, par exemple. Il est donc primordial d’en faire la récolte aux alentours de la cité, ce qui aura un impact direct sur la nature environnante.

Dans l’univers de Daitoshi, et en suivant la culture japonaise, la nature est protégée par les Yokai, des esprits qui ont le mandat de protéger ces lieux naturels. Prendre des ressources en petite quantité et avec respect n’affectera aucunement les Yokai. Cependant, si vous abusez des bonnes choses et que l’utilisation des ressources et des ouvriers devient excessive, causant un impact direct sur l’environnement, les Yokai seront en colère et feront tout pour ralentir et nuire à vos projets d’industrialisation et de développement.

L’iconographie peut être complexe. Heureusement, vous aurez de l’aide.
Certains éléments sont en acrylique.

Un jeu difficile d’approche

Daitoshi fait partie de ces jeux qui, au premier regard, sont rapidement décourageants et peuvent même faire fuir certains joueurs. Le livret de règles à lui seul fait 36 pages, et ces pages sont assez bien remplies et fournies en informations de toutes sortes. Tout comme le plateau central, qui regorge de symboles de toutes sortes et qui est, à la limite, beaucoup trop surchargé en informations. La lourdeur de ce plateau de jeu est également alimentée par une section centrale qui se veut modulable et même évolutive au courant de la partie.

Il n’y a pas à dire, Daitoshi propose du lourd. L’apprentissage des règles est ardu et exigeant, mais, une fois toutes les informations en main, des liens se créent et la compréhension du jeu devient rapidement beaucoup plus simple et intuitive.

Un livret de règle bien monté et bien illustré, mais qui laisse plusieurs points en suspens.
Préparez-vous, c’est du lourd!

Une mise en place imposante et importante

Avec un jeu aussi lourd, il m’est impossible de vous décrire en quelques lignes toute la profondeur du gameplay, car celui-ci est rempli de petites subtilités qui me prendraient des pages et des pages à expliquer. Je vais donc essayer de résumer grossièrement les éléments clés de la jouabilité pour que vous puissiez voir tout le potentiel que ce titre renferme.

Le plateau central est divisé en plusieurs parties. La partie du haut comprend les pistes de terrains, qui représentent un peu les ressources exploitables en cours de partie et qui déclencheront la fin de partie. Au centre, on retrouve le Daitoshi (la grande ville). Celle-ci est divisée en cinq districts, dont un hôtel de ville et quatre districts industriels. En début de partie, il faut placer les cinq tuiles de quartier intérieur autour du point central de la ville. Il est important de les mettre du côté non électrifié, c’est bien important. Par la suite, différents jetons seront placés sur la ville centrale et autour de celle-ci.

Le plateau central est vraiment impressionnant et imposant.

Le bas du plateau, lui, est divisé en trois sections distinctes, soit les inventions, la mégamachine et les cités avoisinantes, constitue en fait la partie du plateau qui sera disponible pour venir nous aider à améliorer notre usine et ainsi augmenter notre gain de points de victoire. Oui, le plateau central est ultra chargé et est intimidant au premier coup d’œil, mais avec du recul et beaucoup d’explications, celui-ci devient beaucoup plus compréhensible.

Le bas du plateau vous servira souvent pour mener à bien votre industrialisation.

Tout comme le plateau principal, les plateaux personnels des joueurs peuvent être tout aussi déroutants, autant par leur grosseur que par la quantité faramineuse d’informations et d’emplacements qui s’y trouvent. Encore une fois, oui, c’est chargé, mais quand on comprend le fonctionnement de chaque section distincte, on comprend rapidement que c’est un plaisir de gérer ce plateau de façon optimale.

Les plateaux personnels sont assez imposants, mais très optimisés.

En partant de la gauche, on a la section de l’exploitation des ressources. C’est ici qu’on peut voir si les Yokai sont en colère contre notre exploitation exagérée. À la droite de cette piste, on retrouve la jauge qui représente la cheminée de notre moteur à vapeur, où le haut de cette piste représente le niveau d’eau, versus le bas, qui, lui, représente la quantité de charbon utilisée.

Si l’on passe directement au centre, on retrouve la piste des ressources utilisables tout au long de notre partie, soit la nourriture, l’énergie, les matériaux de construction et les produits de luxe. La partie la plus à droite, quant à elle, représente notre usine. Celle-ci est divisée en trois colonnes distinctes, qui représentent en fait trois sections différentes de notre usine. Il sera possible, au fil du temps, d’améliorer chaque section de notre usine en débloquant de nouveaux étages.

La section des terrains et du moteur à vapeur sont des atouts importants à surveiller.
Notre usine, un point central à notre plateau individuel.
C’est un réel plaisir de manipuler le plateau personnel.

Un jeu hautement stratégique

Tout d’abord, il est important de savoir que Daitoshi est un jeu qui se joue en continu. Il n’y a donc pas de phases ou de rounds. Les tours des joueurs s’enchaînent jusqu’à ce que la fin de partie soit déclenchée. À son tour, un joueur peut soit effectuer un tour de production, soit un tour de ville. Si un joueur décide de faire un tour de production, tous les joueurs bénéficient de cette action, car tout le monde peut activer la production de ses trois sections d’usine. Il est important de noter que le joueur qui a déclenché la phase de production obtient nécessairement un bénéfice. La production de notre usine va venir nous octroyer différents atouts, comme des ressources supplémentaires, des points de victoire, la possibilité d’améliorer nos inventions pour ensuite les échanger pour des inventions beaucoup plus performantes.

En début de partie, il peut être difficile de s’y retrouver!

Lorsqu’un joueur décide de faire le tour de la ville, il doit déplacer son pion « magnat » d’un ou deux districts dans le sens des aiguilles d’une montre. Il est possible de se déplacer de cases supplémentaires en utilisant des jetons vapeur. Le magnat peut être placé sur trois espaces différents sur la tuile « district »: celui de droite, celui de gauche ou celui du centre. L’espace de gauche permet de retourner les ouvriers présents sur cette tuile à la réserve générale. L’espace central, lui, si des ateliers d’ouvriers sont encore disponibles, le joueur peut les envoyer. Le dernier espace, celui de droite, ne demande aucun coût en vapeur. Cependant, le prix à payer est de devoir passer son tour pour le placement d’ouvriers. Pour l’espace de gauche et celui du centre, seulement un joueur peut y résider, tandis que l’espace de droite peut contenir autant de joueurs que désiré.

Par la suite, le joueur peut, s’il le désire, envoyer des ouvriers dans le district où il se trouve. L’envoi d’ouvriers va octroyer au joueur certains bénéfices, tout dépendant du district dans lequel il se trouve. Il peut, par exemple, nous faire gagner différentes ressources, affecter notre cheminée à vapeur ou déplacer le bus qui, lui aussi, fait le tour de la ville. Ensuite, le joueur doit réaliser l’action d’exploitation indiquée sur la tuile « district ». Il doit donc prendre une tuile terrain du même type qu’indiqué sur son district, directement des pistes de terrains dans le haut du plateau. Il faut placer ladite tuile sur la piste d’exploitation, à gauche de notre plateau personnel.

Le placement de notre magnat est important pour mener à bien notre tour.
La mégamachine peut être un point important de notre stratégie.

Il existe plusieurs actions qu’on peut réaliser, comme, par exemple, acheter une invention et la placer dans notre usine, ce qui va nous permettre d’optimiser encore plus nos phases de production.

On peut également développer la cité en ajoutant de nouvelles tuiles au pourtour extérieur de la ville. Cette expansion des différents districts va venir proposer de nouvelles actions et de nouveaux bénéfices. Attention toutefois: ce qui est bénéfique pour vous peut aussi l’être pour vos voisins. Une action nous permet aussi d’électrifier le secteur. Quand cette action est réalisée, on retourne la tuile « secteur » où l’on se trouve sur son côté électrifié, et l’on améliore ainsi les ateliers d’ouvriers qui s’y trouvent. Il est aussi important de noter que l’électrification des secteurs octroie des bonus au joueur.

La ville est modulable au courant de la partie.
Électrifier un secteur améliore souvent ses bonus et caractéristiques.
C’est aussi possible de faire du commerce
avec les autres citées.

Les Yokai

Sur notre plateau personnel, si on a plus d’une tuile du même type sur notre piste d’exploitation, la tuile du haut doit impérativement être placée sur son côté Yokai. Si un type de terrain d’exploitation est visé par la colère des Yokai, celui-ci se voit octroyer un malus par l’esprit en question. Par exemple, on peut passer de six espaces d’ouvriers à deux seulement. Il est possible de ne gagner que deux jetons « vapeur » par case de la piste « cheminée » traversée, au lieu de trois habituellement. Tout dépendamment de la stratégie utilisée en cours de partie, certains effets négatifs pourraient être très nuisibles à votre jeu, tandis que d’autres le seraient moins.

Il est donc judicieux d’évaluer les pour et les contre et de choisir ou non de remédier à la colère des Yokai. Pour calmer la colère des Yokai, il est nécessaire de redonner à la nature. Pour ce faire, certaines actions d’exploitation nous permettent de remettre des tuiles « terrain » de notre plateau personnel à la réserve générale. Si l’on réussit à enlever des tuiles jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une seule du même type, la colère des esprits est donc terminée et l’on peut revenir à la normale en ce qui concerne les bonus gagnés pour ce type de terrain.

Ici, un Yokai est en colère, il va donc octroyer un malus sur notre plateau…
… comme réduire notre banque d’ouvriers à seulement deux emplacements!

Fin de partie

La fin de partie est déclenchée quand l’avant-dernière case de l’une des pistes de nature sauvage est révélée. Lorsque cela arrive, on continue de jouer jusqu’à ce que tous les joueurs aient joué le même nombre de tours au final, donc jusqu’à ce qu’on retourne au premier joueur qui a le jeton en main. Par la suite, les joueurs jouent un dernier tour supplémentaire et résolvent tous les effets de fin de tour et on passe au décompte des points.

Le scoring peut s’avérer assez ardu lors des premières parties. Je recommande donc fortement de suivre à la lettre ce qui est inscrit dans le livret de règles et de porter une attention particulière à tout ce qui se trouve sur notre plateau personnel. Chaque élément sur le plateau, ou presque, est synonyme de points de victoire. Il est donc très important d’être attentif et de bien calculer ses points. Évidemment, le joueur avec le plus de points de victoire est couronné gagnant de la partie.

Les pistes « nature sauvage » seront le point culminant menant à la fin de partie.

Mon avis

Il m’est impossible, en une seule critique, de vous en dire davantage, mais sachez que derrière ce jeu intimidant se cache une expérience hautement stratégique et, au final, pas si compliquée. Lorsque l’on comprend bien la thématique et l’iconographie, tout le reste s’enchaîne bien. Certes, l’apprentissage des règles ne se fera pas facilement. Beaucoup de questions demeurent en suspens jusqu’à la fin de la lecture et, parfois, il faut même relire certains passages plus d’une fois. Mais, une fois maîtrisées, les règles ont du sens. Là où j’ai eu plus de difficulté à m’accoutumer, c’est au niveau du plateau central principal. Je le trouve mal optimisé et beaucoup trop chargé. Même au niveau des quartiers (districts) de la ville, c’est parfois difficile de bien s’y retrouver. On finit tout de même par s’y faire après plusieurs tours de jeu, mais je crois que Daitoshi aurait gagné à proposer un plateau central plus compréhensible. Daitoshi regorge de manières de faire des points de victoire et est hautement stratégique. Oui, lorsqu’on effectue nos déplacements dans la ville, il est possible de mettre des bâtons dans les roues de nos adversaires en leur prenant une place ou un avantage qu’ils visaient, mais il s’agit, selon moi, de la seule interaction principale entre les joueurs. Le reste du temps, on s’applique à optimiser notre usine personnelle et à créer ainsi un enchaînement de récoltes sans précédent. Ce petit côté d’optimisation d’usine, lié à la bonne gestion de notre cheminée à vapeur et de l’exploitation des terrains, vient ajouter un certain côté engine building au jeu. Derrière sa façade insurmontable et intimidante se cache un jeu grandement stratégique et intelligemment construit autour d’une thématique bien ficelée, qui joue entre l’industrialisation d’une ville grandissante, tout en ayant en tête une certaine conscience écologique pour ne pas abuser de l’exploitation des ressources naturelles et ainsi éviter de déclencher la fureur des Yokai. Je donne à Daitoshi la note de 9 sur 10.

Points positifs:

  • Une thématique extrêmement bien exploitée
  • Du matériel de qualité supérieure
  • Les plateaux personnels, un point positif à eux seuls
  • Un jeu hautement stratégique
  • Une belle interaction entre les joueurs, sans que ça devienne trop dérangeant
  • Un mode solo proposé, pour les plus braves
  • Une belle leçon au niveau de la conscience écologique versus l’industrialisation

Points négatifs:

  • Le jeu est très intimidant et lourd et ne plaira pas à tous les types de joueurs.
  • Le livret de règle est bien monté en général, mais certains points sont un peu difficiles à comprendre, et ce, même après une première partie
  • Les parties sont assez longues, parfois même trop longues
  • Le plateau principal est, selon moi, trop chargé et mal optimisé

Merci d’avoir pris le temps de lire notre critique du jeu Daitoshi. N’hésitez pas à nous donner vos avis sur ce jeu dans la section commentaires ci-dessous !

Un énorme merci à Pierre Belvédère de nous avoir permis de tester le jeu afin de pouvoir vous en proposer une critique.

Christopher Drouin
Les derniers articles par Christopher Drouin (tout voir)
Partager

Christopher Drouin

Dans la trentaine, originaire de la Beauce.. Il a le bonheur d'être marié et papa de 2 beaux enfants. Il est dessinateur industriel depuis maintenant près de 14 ans et parallèlement, il est aussi pompier volontaire et premier répondant. Gameur depuis son tout jeune âge. Il a découvert le gaming grâce à la Super Nintendo. Depuis cette console, il a possédé toutes les autres consoles suivant cette génération. Actuellement sur la nouvelle génération, il est le genre de joueur qui aime toucher à tout de près ou de loin. Au plaisir de discuter gaming avec vous, ou même de se retrouver en ligne lors d'une partie. Game On !

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site is protected by reCAPTCHA and the Google Privacy Policy and Terms of Service apply.

The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.